Marcel Bénaïs - Artiste peintre
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Marcel Bénaïs artiste d'art marginal
Entretien avec Jeanine Rivais, critique d'art, réalisé lors du "Grand Baz'Art à Bézu" festival international d'art singulier en 2010

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Marcel Bénaïs artiste d'art marginal


La peinture de Marcel Bénaïs, prétendument abordable et ludique, se pare de traits schématiques, parfois caricaturaux et de couleurs acidulées, pour détourner l’attention de son énigme, l’inquiétude immanente de la vie, l’angoisse toute-pénétrante qui guette dans les endroits les plus inattendus, dans les scènes les plus anodines et réconfortantes, que ce soit une vue du phare de l’île de Ré, un chef-d’œuvre de la peinture baroque, ou bien une ville toute rose et bleu ciel, parcourue dans tous les sens par des troupeaux de voitures sans passager, comme des navires-fantômes sur les hautes mers. Cet artiste sophistiqué et très cérébral déconstruit les images qui le et nous nourrissent et y glisse le détail dissonant, presque imperceptible, banal en soi mais qui fait trembler le sentiment confortable du familier.

Ayant renoncé à une carrière dans le domaine bancaire pour se consacrer corps et âme au dessin et à la peinture qui l’avaient accompagné depuis son plus jeune âge, il s’est approprié la notion de peintre « autodidacte » dans le premier sens du mot, le plus juste, c’est-à-dire un peintre qui étudie en solitaire l’histoire et les secrets du « métier », non pas un créateur qui nie ou qui ignore par choix ou par nécessité les acquis de l’antériorité et qui invente par conséquent tous ses moyens, souvent assez limités. En ceci, Marcel Bénaïs se place aussi loin que possible de ce qu’il est convenu d’appeler « art brut ».

Braque, Matisse, Basquiat et surtout Picasso sont des sources constantes d’inspiration pour marcel Bénaïs pourrait-on dire. Et on aurait tort. Car bien que très présents dans son univers, ses « maîtres spirituels » ne sont en fait que des prétextes, des masques empruntés, à travers lesquels il essaie de se placer en dehors de sa création, d’extirper complètement ses émotions intimes, et malgré lesquelles il ne peut s’empêcher de communiquer son soi profond de façon très discrète, presque inconsciente, comme s’il avait besoin d’échafaudages intellectuels pour se donner la permission de se montrer.

Un des objets les plus récents de sa fascination, Les Ménines de Velazquez, a engendré une longue recherche picturale traduite par nombre d’ébauches sur papier et quelques interprétations sur toile, dans lesquelles cet indicible sentiment, ce soupçon d’étrangeté inquiétante comme la sensation qu’on garde au réveil d’un rêve bizarre dont on ne souvient pas, est présent. L’origine de cette fascination pourrait bien résider, comme le prétend l’artiste lui-même, dans la grande beauté de cette toile, dans la sophistication de la composition, dans la force de l’innovation introduite par Velazquez dans les canons de l’époque, dans le fait qu’elle a fasciné tant d’autres. Mais elle pourrait aussi résider dans le jeu entre le dit et ce qui doit être deviné à travers les reflets du miroir, cet objet qui rend une image reconnaissable mais forcément transformée voire déformée, tout comme la peinture. Cette fascination pourrait donc bien être une exhortation, un appel du peintre à regarder plus en profondeur, non pas la scène banale qui qui se passe dans le premier-plan de l’intellect, mais ce qui s’entrevoit dans le miroir tout-au-fond, cette porte ouverte sur le pays de tous les rêves, désirs et effrois.

Quoiqu’il en soit, l’originalité de son langage esthétique, reconnaissable au premier coup d’œil, la fraîcheur décalée du regard qu’il pose sur son environnement, matériel et intellectuel, ainsi que la singularité de son parcours, lui assurent sa place dans la famille large et dispersée de l’art marginal.



Oana Amaricai

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